Fédération Régionale d’Agriculture Biologique de Nouvelle-Aquitaine

Canicule, sécheresse, incendies et aléas climatiques : Agrobio Gironde demande des réponses d’urgence et une stratégie d’adaptation

L’année 2026 aura été particulièrement éprouvante pour l’agriculture girondine. Après les inondations et tempêtes de l’hiver, puis plusieurs épisodes de grêle, l’été a été marqué par des canicules et une sécheresse d’une intensité exceptionnelle, accompagnées de feux de forêt majeurs et de restrictions d’usage de l’eau sur une large partie du département.

Pour les exploitations agricoles, ces événements successifs se cumulent. Les remontées de terrain montrent des conséquences qui dépassent largement les seules pertes de rendement : difficultés d’accès à l’eau, augmentation des charges, achats supplémentaires de fourrages et d’aliments, dégradation des conditions de travail, tensions de trésorerie et, pour certaines fermes, remise en cause de la pérennité même de leur activité.

Dans le cadre de la cellule départementale sécheresse, Agrobio Gironde porte donc auprès des pouvoirs publics une série de propositions autour de deux priorités : répondre à l’urgence aujourd’hui et préparer les fermes aux crises climatiques de demain.

Des aides d’urgence adaptées à la réalité des fermes

Les dispositifs existants ne répondent pas à toutes les situations.

L’ISN (Indemnisation de solidarité nationale) apparaît mal adapté à la réalité des pertes constatées et risque d’être largement sous-utilisé. Nous demandons la création d’un fonds d’urgence à la hauteur des pertes réellement subies, avec une neutralisation fiscale des aides versées : il serait incohérent de compenser une perte d’EBE puis de fiscaliser cette aide exceptionnelle.

Les reliquats d’enveloppes existantes, notamment ceux de la CAB (aide à la conversion à l’agriculture biologique), doivent pouvoir être mobilisés, mais ils ne pourront constituer l’unique réponse si les besoins sont supérieurs. Nous attendons un engagement de l’État proportionné à l’ampleur des pertes.

Nous demandons également une véritable prise en charge des cotisations MSA, une vigilance sur les plafonds des aides de minimis et des mesures permettant de préserver rapidement la trésorerie.

Les prêts ne peuvent pas se substituer aux aides directes. Ajouter de la dette à des exploitations déjà fragilisées ne résout pas leur problème économique. Certaines n’ont plus la capacité de rembourser un nouvel emprunt et d’autres, déjà en procédure collective ou confrontées à de fortes tensions de trésorerie, peuvent tout simplement ne plus être éligibles au crédit.

Investir maintenant dans l’adaptation

Au-delà de l’urgence, la succession des événements climatiques montre la nécessité d’engager une véritable politique d’adaptation.

Agrobio Gironde demande la création d’un fonds spécifique pour l’adaptation des exploitations agricoles au changement climatique, avec un taux de subvention élevé, autour de 70 %.

Le dispositif pourrait fonctionner sur une logique proche du PCAE (Plan de Compétitivité et d’Adaptation des Exploitations Agricoles), mais avec un dossier fortement simplifié, accessible également aux petites exploitations et avec des délais d’instruction courts.

Il permettrait notamment de financer :

  • la sécurisation et l’économie d’eau
  • l’irrigation performante
  • l’ombrage et la protection des cultures
  • l’adaptation des bâtiments d’élevage
  • plus largement, les investissements améliorant la résilience des fermes face aux aléas climatiques

Les règles de gestion de l’eau doivent également mieux tenir compte des pratiques économes et des investissements réalisés par les agriculteurs, notamment pour les cultures sous abris équipées en goutte-à-goutte ou micro-aspersion.

Une agriculture biologique à conforter

Agrobio Gironde demande notamment :

  • la mobilisation des reliquats CAB 2025 et 2026
  • porter l’écorégime bio à 145 €/ha dès 2027
  • la suppression du seuil de 3 ha maximum pour l’aide couplée maraîchage
  • la revalorisation du crédit d’impôt bio de 4 500 € à 6 000 €
  • le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti pour les surfaces conduites en agriculture biologique.

Dans le contexte international actuel, le soutien à la bio constitue aussi un enjeu stratégique. Par sa moindre dépendance aux engrais azotés de synthèse et à certains intrants liés aux énergies fossiles, l’agriculture biologique participe à une agriculture plus autonome, résiliente et moins émettrice de carbone.

Ne pas se contenter de gérer les crises successives

Agrobio Gironde demande enfin la création d’un groupe de travail transpartisan sur l’adaptation de l’agriculture au changement climatique, associant organisations agricoles, services de l’État, collectivités et acteurs de terrain.

La répétition des canicules, sécheresses, incendies, tempêtes, inondations et épisodes de grêle impose désormais de sortir d’une logique où l’on répare les dégâts après chaque crise.

Nous demandons une réponse à deux niveaux : des aides d’urgence suffisamment fortes pour permettre aux exploitations de passer la crise actuelle, et des mesures structurelles pour leur permettre de s’adapter durablement.

L’objectif n’est pas de financer ou d’accompagner la disparition des fermes : c’est de leur donner les moyens de continuer à produire, de maintenir l’activité agricole sur nos territoires et de préserver notre souveraineté alimentaire.

Dans ce cadre, soutenir et accompagner l’agriculture biologique, moins dépendante de certains intrants et des énergies fossiles, c’est également investir dans une agriculture plus résiliente face aux crises climatiques, énergétiques et géopolitiques.