Fédération Régionale d’Agriculture Biologique de Nouvelle-Aquitaine

Préserver les captages d’eau potable : les exemples à suivre

Protéger durablement la qualité de l’eau ne relève plus de l’expérimentation. En France comme chez nos voisins européens, de nombreuses collectivités ont choisi d’investir dans la prévention plutôt que dans des traitements toujours plus coûteux. Soutien à l’agriculture biologique, paiements pour services environnementaux, développement de débouchés locaux ou accompagnement des filières : les stratégies diffèrent, mais poursuivent toutes un même objectif : préserver la ressource à la source.

Tour d’horizon de quatre territoires pionniers qui démontrent qu’une autre gestion de l’eau est possible.

 

Eaux de Paris : un dispositif d’aides financières pionnier en France

En 2020, Eau de Paris lançait, avec le soutien de l’agence de l’eau Seine Normandie, un dispositif d’aides agricoles original (les premiers Paiement pour Services Environnementaux) qui combine protection des eaux souterraines et appui à l’agriculture durable et biologique. Les agriculteurs bénéficient d’un appui financier de 150 à 450 euros par hectare et par an. Le coût du dispositif pour la période 2020 – 2025 s’élève à 46 millions d’euros comprenant les aides financières et l’appui technique. Il est financé à 80 % par l’agence de l’eau Seine Normandie, les 20 % restants étant financés par les parisiens à travers leur facture d’eau. Cela représente seulement 4 centimes d’euro au m3 soit moins d’1 % du prix de l’eau.

Le dispositif est un succès : 115 exploitations agricoles se sont déjà engagées et 58 % du territoire est en agriculture biologique. En 2023, l’utilisation de 55 tonnes de substances actives pesticides a été évitée dans les fermes engagées, soit une baisse de 77 % par rapport à des pratiques classiques. Et dans un contexte national difficile pour l’agriculture biologique, il conforte les agriculteurs dans leur engagement.

 

Cholet agglomération : structurer des filières pour accompagner les conversions

Depuis plus de quinze ans, Cholet Agglomération mène une politique ambitieuse sur l’aire d’alimentation de captage du lac de Ribou.

Au-delà de l’accompagnement technique des agriculteurs, la collectivité a choisi de développer des débouchés économiques en structurant plusieurs filières biologiques locales : blé, pain, légumineuses ou encore viande.

Recherche d’opérateurs économiques, mise en relation avec les restaurants collectifs et création de la marque « Bio Ribou-Verdon » : cette stratégie a permis de faire progresser les surfaces en agriculture biologique de 5 % à 25 % entre 2000 et 2020, soit un niveau largement supérieur à la moyenne départementale de 12 % en 2020.

 

Ville de Lons le saunier : des débouchés pour les produits biologiques en restauration collective

La municipalité de Lons-le-Saunier exploite en régie directe son réseau d’eau potable. Dans les années 1990, la municipalité se trouve confrontée à des problèmes de qualité (nitrates et pesticides). La SAU se partage comme suit : 30% de prairies permanentes, 65% de grandes cultures dont une forte part de blé et de maïs. L’agriculture biologique n’y est que très faiblement développée.

A partir de 1992, plutôt que d’investir dans une unité curative onéreuse, elle décide d’agir de manière préventive, en incitant les agriculteurs à modifier leurs pratiques (mise en place de conventions et de contrats). Dans les années 2000, pour aller plus loin, la ville décide de soutenir les conversions à l’agriculture biologique par des débouchés vers sa propre restauration collective. Deux céréaliers se lancent, ce qui permet le démarrage de l’approvisionnement de la restauration municipale (en régie directe) en pain bio local. D’autres productions jurassiennes (dans et hors zone de captage) vont suivre (viande bovine, yaourts, légumes…). En 2012, la municipalité innove en introduisant des servitudes relatives à l’agriculture biologique dans la Déclaration d’Utilité Publique (DUP).

 

Ville de Munich : retour sur une expérience précurseur outre Rhin

Dès 1991, la ville de Munich a décidé de concilier préservation de la qualité de l’eau et maintien de l’activité agricole, en incitant les agriculteurs de la zone de captage de la vallée de Mangfall à se convertir en agriculture biologique (contractualisation entre la ville et les agriculteurs et introduction des produits biologiques locaux en restauration collective).

La vallée de Mangfall, pour moitié couverte de forêts, inclut une agriculture traditionnelle de polyculture élevage bovin laitier extensive, les cultures ne représentant que 7% de la SAU. Cette vallée est orientée depuis plusieurs décennies vers l’agrotourisme et l’agriculture biologique.

Les résultats sont probants : entre 1991 et 2006, la teneur en nitrates a diminué de 43 % et celle en produits phytosanitaires de 54 %. En 2012, la totalité de la Surface Agricole Utile (SAU) sur les captages est convertie en agriculture biologique. Le programme de soutien à l’agriculture biologique coûte environ 750 000 €/an à la ville, soit moins de 0,01 €/m3 d’eau distribué, un coût bien inférieur à une usine de dénitrification (0,27 €/m3 distribué en moyenne).

 

Ces expériences montrent qu’il n’existe pas un modèle unique de protection de la ressource en eau. Certaines collectivités privilégient les aides directes aux agriculteurs, d’autres mobilisent la restauration collective, développent des filières locales ou mettent en place des Paiements pour Services Environnementaux (PSE).

Toutes partagent cependant une même conviction : préserver la qualité de l’eau coûte moins cher que la dépolluer. En agissant dès aujourd’hui sur les pratiques agricoles et l’aménagement des territoires, elles investissent à la fois dans la santé publique, la biodiversité, l’économie locale et la résilience de leur territoire.

 

Cet article vous est proposé par Léa Cubaynes, conseillère territoire en Charente-Maritime.