Ralentir, infiltrer, stocker : comment aménager les territoires pour mieux retenir l’eau ?
Au fil des épisodes de sécheresse qui se multiplient, la question n’est plus seulement de savoir où trouver de nouvelles ressources en eau, mais aussi comment mieux conserver celle qui tombe sur nos territoires.
Pendant des décennies, l’aménagement des paysages a principalement consisté à évacuer l’eau le plus rapidement possible. Aujourd’hui, face au changement climatique, les collectivités redécouvrent l’intérêt d’une approche différente : ralentir son écoulement, favoriser son infiltration et restaurer les milieux naturels capables de la stocker. Une stratégie qui contribue à sécuriser la ressource en eau tout en renforçant la biodiversité et la résilience des territoires.
Comprendre comment l’eau circule avant d’agir
Avant d’engager des travaux ou des aménagements, la première étape consiste à observer le fonctionnement naturel du territoire. L’eau s’écoule toujours des points hauts vers les points bas, en empruntant un réseau de cours d’eau, de fossés, de zones humides et de nappes souterraines.
Les haies, les prairies permanentes, les boisements ou encore les zones humides jouent un rôle essentiel dans ce cycle. En ralentissant les écoulements, ils favorisent l’infiltration de l’eau dans les sols et limitent son départ rapide vers l’aval.
À partir de ce diagnostic, les collectivités peuvent identifier les secteurs où leurs actions auront le plus d’impact.
Des aménagements simples qui renforcent la résilience des territoires
Les solutions mises en œuvre reposent souvent sur des aménagements relativement simples, mais particulièrement efficaces lorsqu’ils sont pensés à l’échelle d’un bassin versant.
Parmi les principaux leviers figurent :
- Restaurer la perméabilité des sols afin de favoriser l’infiltration des eaux de pluie ;
- Préserver et développer les haies bocagères ;
- Maintenir les prairies permanentes ;
- Restaurer les cours d’eau et leurs méandres ;
- Préserver ou recréer des mares et des zones humides.
Ces aménagements s’accompagnent également d’une évolution des pratiques agricoles : diversification des cultures, maintien des arbres dans les parcelles, limitation du travail du sol ou développement de systèmes plus autonomes.
L’objectif est de transformer progressivement un « territoire entonnoir », qui évacue rapidement l’eau, en un « territoire éponge », capable de la retenir plus longtemps et de mieux résister aux périodes de sécheresse.
Plusieurs approches, un même objectif
Ces dernières années, plusieurs méthodes se sont développées autour de ces enjeux. Certaines parlent de Solutions fondées sur la Nature (SFN), d’autres de Mesures Naturelles de Rétention des Eaux (MNRE) ou encore d’hydrologie régénérative.
Derrière ces appellations se retrouve une même idée : s’appuyer sur le fonctionnement naturel des paysages pour mieux gérer la ressource en eau.
Les Solutions fondées sur la Nature, définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), visent ainsi à protéger, restaurer ou mieux gérer les écosystèmes afin de répondre simultanément aux enjeux liés à l’eau, à la biodiversité, au climat et au bien-être des populations.
L’essentiel n’est finalement pas le vocabulaire employé, mais la capacité des collectivités à mobiliser ces différentes approches dans une stratégie cohérente et adaptée à leur territoire.
En Haute-Vienne, un ruisseau retrouve son fonctionnement naturel
À Feytiat, en Haute-Vienne, le Conservatoire d’Espaces Naturels de Nouvelle-Aquitaine, avec le soutien de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, de Limoges Métropole et de la Région Nouvelle-Aquitaine, accompagne la restauration d’une zone humide sur la ferme biologique de Thomas Allewaert.
L’objectif est de redonner au ruisseau son fonctionnement naturel afin qu’il alimente durablement la parcelle en eau. Pour cela, les méandres ont été re-créés et plusieurs mares aménagées afin de ralentir les écoulements.
Le projet s’est notamment inspiré des barrages construits naturellement par les castors. De petits ouvrages réalisés à partir de matériaux présents sur place (branches, terre, pierres) permettent de ralentir le courant tout en laissant circuler l’eau, les sédiments et la faune aquatique.
Quelques années après les travaux, les résultats sont déjà visibles : la zone humide retrouve progressivement ses fonctions écologiques, la biodiversité revient et la capacité du site à retenir l’eau s’est nettement améliorée.
Penser l’eau à l’échelle du paysage
L’eau ignore les limites administratives ou les limites de propriété. Sa gestion nécessite donc une vision collective et une coopération entre élus, agriculteurs, syndicats de rivière, gestionnaires de captages, associations et habitants.
En coordonnant les actions à l’échelle d’un bassin versant ou d’un territoire cohérent, les collectivités peuvent progressivement restaurer des paysages capables de mieux retenir l’eau, tout en répondant simultanément aux enjeux de biodiversité, d’agriculture et d’adaptation au changement climatique.
Préserver la ressource en eau ne consiste plus uniquement à produire davantage d’eau potable, surtout dans le contexte actuel de diminution de la quantité d’eau disponible. Il s’agit désormais de redonner aux paysages leur capacité naturelle à la retenir.
Pour aller plus loin
- Les solutions fondées sur la nature appliquées à la gestion de la ressource en eau, sur le site de l’Agence de l’Eau Adour Garonne
- Le retour d’expérience du Conservatoire d’Espaces Naturels de Nouvelle-Aquitaine sur la restauration de la zone humide de Feytiat
- La boîte à outils « Eau et Solutions fondées sur la Nature » de la Banque des Territoires
Pour mieux comprendre les cycles de l’eau sur les territoires de Nouvelle-Aquitaine, nos conseillers et conseillères territoires peuvent vous accompagner, vous proposer des formations adaptées à vos enjeux, ou encore vous aider dans la mise en œuvre de dispositifs de préservation de la ressource.
Cet article vous est proposé par François Fuchs, conseiller territoire en Corrèze.
