Approvisionnements bio en restauration collective : des initiatives différentes au service d’un même objectif
Introduire davantage de produits bio et locaux en restauration collective ne repose pas sur un modèle unique. Selon les ressources agricoles, les dynamiques locales ou l’organisation des services, les collectivités peuvent activer différents leviers : création de régies agricoles, partenariats avec des producteurs, structuration de filières locales ou encore mobilisation citoyenne.
En Nouvelle-Aquitaine, plusieurs territoires expérimentent déjà des solutions pour rapprocher production agricole et restauration collective, on fait le point.
Les régies agricoles, kezako ?
Une régie agricole correspond à une ferme gérée par une collectivité, dont la production est destinée en priorité à la restauration collective publique (écoles, collèges, cuisines centrales…). Les cultures peuvent être variées : légumes, fruits, céréales, légumineuses ou encore élevage.
Ce modèle permet à la collectivité de sécuriser une partie de son approvisionnement en produits bio et locaux tout en développant un projet pédagogique autour de l’alimentation et de l’agriculture. Pour les producteurs salariés de la régie, il offre également une stabilité économique et un revenu sécurisé.
Plusieurs collectivités de Nouvelle-Aquitaine ont déjà engagé ce type de démarche afin d’amorcer une politique alimentaire territoriale.
Châteaubernard (Charente) :
Une régie agricole au cœur du projet communal
La régie agricole de Châteaubernard, en Charente, a été créée en 2023 à la suite d’une volonté politique forte : approvisionner les écoles de la commune en légumes bio produits localement.
Une salariée cultive aujourd’hui des légumes sur une parcelle d’un hectare, préservant ainsi un espace agricole au cœur de la commune tout en créant un véritable poumon vert.
Les légumes produits alimentent la cuisine centrale de Cognac, qui prépare environ 1 300 repas par jour pour les écoles. Lors de sa première année de production, en 2025, la régie a produit 9,5 tonnes de légumes bio, couvrant environ 13 % des besoins en légumes de la cuisine centrale. À terme, l’objectif est d’atteindre 25 % d’approvisionnement, voire davantage si les surfaces cultivées venaient à augmenter.
Les légumes hors calibre, qui ne répondent pas aux normes de la restauration collective, sont vendus chaque jeudi à la sortie de l’école, permettant aux familles de profiter des légumes bio cultivés sur la commune.
La régie agricole joue également un rôle pédagogique important : les écoles viennent régulièrement visiter la ferme, sensibilisant les enfants aux enjeux agricoles et alimentaires.
Saint-Hilaire-la-Palud (Deux-Sèvres) :
Un potager communal pour approvisionner la cantine
À Saint-Hilaire-la-Palud, l’équipe municipale souhaitait augmenter la part de bio et de produits locaux dans les repas servis aux enfants et aux personnes âgées. La commune travaillait déjà avec le prestataire API Restauration, mais celui-ci ne disposait pas de producteurs locaux capables de répondre à cette demande.
La commune a donc décidé de créer un potager communal certifié en agriculture biologique sur une parcelle de deux hectares lui appartenant.
En quelques chiffres :
- 1000m² de potager + 1000m² en pommes de terre « plein champ »
- 2 tonnes de légumes bio écoulés à cuisine (cantine scolaire + EPHAD)
- 700 heures d’un salarié sur le potager + du bénévolat (équivalent à 700/800 heures au total)
- Chiffre d’affaires du potager : environ 8 000 € en 2024
- 70 % de produits bio à la cantine de Saint-Hilaire en 2025
Le potager, animé par un maraîcher salarié, bénéficie également du soutien de bénévoles lors de chantiers participatifs pour le désherbage ou la récolte. Il dispose d’un espace de stockage avec chambre froide et chambre chaude, ainsi que d’un lieu d’accueil pour les bénévoles.
Aujourd’hui, la cantine de Saint-Hilaire-la-Palud atteint 70 % de produits bio dans les repas servis. La municipalité envisage désormais la labellisation bio de la cantine, avec l’objectif d’atteindre une cuisine entièrement biologique.
Champcevinel (Dordogne) :
Autonomie alimentaire et projet de territoire
En Dordogne, la commune de Champcevinel s’est elle aussi engagée dans la création d’une régie agricole, bientôt rejointe par la commune voisine de Razac-sur-l’Isle.
La ferme municipale de Champcevinel comprend aujourd’hui 3 500 m² de maraîchage, produisant environ 4 tonnes de légumes par an destinés au restaurant scolaire. Cette production couvre près de 50 % des besoins en légumes pour environ 320 repas par jour.
Le site comprend également un petit verger, un poulailler et un rucher pédagogique.
Pour le maire de la commune, ce projet dépasse largement la simple production alimentaire. Il constitue un vecteur de lien entre élus, agents municipaux, parents d’élèves et habitants. L’objectif n’est pas la rentabilité économique, mais plutôt la sécurisation de l’approvisionnement et l’autonomie alimentaire de la cantine.
Afin d’accompagner cette démarche, la commune s’est dotée en 2025 d’un nouveau restaurant scolaire comprenant :
- une cuisine centrale,
- une légumerie permettant de préparer et surgeler les surplus de production (soupes, ratatouilles, coulis…),
- un espace de stockage pour les produits issus de la ferme municipale.
Cette organisation permet notamment de valoriser les légumes produits en été pour les utiliser tout au long de l’année scolaire.
Pons (Charente-Maritime) :
Une ferme communale au service de l’alimentation et de l’éducation
À Pons, la municipalité a choisi de transformer une ancienne exploitation horticole en ferme communale maraîchèredestinée à approvisionner le restaurant scolaire.
La commune a acquis le site en 2019, comprenant des bâtiments agricoles et des serres. L’activité maraîchère a progressivement été développée avec le recrutement de Julien Hélis, d’abord par le centre social puis directement par la commune, où il travaille désormais à temps plein avec un second agent.
La ferme cultive aujourd’hui 750 m² de maraîchage, dont 300 m² sous serre, complétés par une parcelle de 2,4 hectaresutilisée notamment pour les pommes de terre, courges et oignons. On y trouve également un petit élevage de poules pondeuses, des cochons d’Inde et un rucher.
La production est destinée en priorité au restaurant scolaire des écoles de la commune. Chaque semaine, l’équipe de la ferme informe la cuisine des légumes disponibles afin que les menus puissent être adaptés. La totalité de la production est ainsi valorisée dans les repas des élèves.
La ferme joue également un rôle pédagogique important. Depuis trois ans, elle accueille régulièrement des classes de la maternelle au collège ainsi que des stagiaires agricoles. Les élèves participent à des ateliers autour de l’agriculture et de l’alimentation : récolte des pommes de terre, découverte des pollinisateurs, dégustation de miel, observation de la vie du sol ou encore découverte des haies.
Ces visites permettent aussi aux parents accompagnateurs de mieux comprendre les adaptations de menus liées à la saisonnalité et à la production locale.
L’été, lorsque les écoles sont fermées, les légumes sont vendus aux habitants de la commune.
Parmi les clés de réussite du projet figurent la bonne compréhension par les élus des réalités agricoles — notamment les investissements nécessaires pour une installation maraîchère — et l’accompagnement des équipes de cuisine dans le travail de légumes frais et parfois non calibrés.
À terme, la commune souhaite développer l’exploitation grâce à la réalisation d’un forage sur la nouvelle parcelle et à la création d’un atelier de transformation afin de valoriser les surplus de production.
Ces exemples montrent qu’il n’existe pas une seule manière d’augmenter la part de bio et de produits locaux en restauration collective. Chaque territoire peut activer les leviers les plus adaptés à son contexte. Une chose est sûre, lorsque collectivités, les agriculteurs et les équipes de restauration travaillent ensemble, la cantine devient un véritable moteur de transition alimentaire pour le territoire.