Fédération Régionale d’Agriculture Biologique de Nouvelle-Aquitaine

Captages d’eau dégradés : prévenir la pollution pour maîtriser durablement le coût de l’eau

La dégradation de la qualité de l’eau brute place les collectivités devant une double obligation : garantir une eau distribuée conforme aux exigences sanitaires et financer, parfois sur plusieurs décennies, les équipements nécessaires. Traitements complémentaires, mélange de ressources, interconnexions, recherche de nouveaux forages ou abandon de captages : la facture dépasse largement le seul coût de la potabilisation.

En France, la protection de la ressource est devenue un enjeu national. La feuille de route gouvernementale publiée en 2025 identifie près de 1 100 captages prioritaires nécessitant la mise en œuvre d’actions spécifiques pour restaurer durablement la qualité de l’eau. En Nouvelle-Aquitaine, la démarche Re-Sources accompagne déjà 243 captages dégradés par les pollutions diffuses, dont 89 bénéficient d’un programme d’actions coordonné à l’échelle de leur aire d’alimentation.

 

Des coûts fortement dépendants de la ressource
et de la taille du service

Il n’existe pas de coût unique de la dépollution. Il dépend du polluant, de sa concentration, de la qualité initiale de l’eau, du volume à traiter, de la filière choisie, du devenir des résidus et de la possibilité – ou non – de disposer d’une autre ressource.

Les travaux de l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB) estiment que les traitements supplémentaires liés aux pesticides représentaient déjà entre 0,06 et 0,20 €/m³ selon les situations étudiées, tandis que ceux destinés à éliminer les nitrates atteignaient 0,40 à 0,60 €/m³.

Avec l’apparition de nouveaux micropolluants, certaines technologies deviennent encore plus coûteuses. En 2025, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) estimait que, pour certains petits captages, le coût de potabilisation pouvait atteindre 1,80 €/m³, sans même intégrer la gestion des résidus issus des traitements.

Autrement dit, plus la qualité de la ressource se dégrade, plus la facture supportée par les collectivités – et, à terme, par les usagers – augmente.

 

Agir à la source plutôt que réparer

La démarche Re-Sources vise explicitement à reconquérir la qualité des eaux brutes afin de conserver ou retrouver la capacité de produire une eau potable avec le minimum de traitement possible. Elle associe animation territoriale, accompagnement des pratiques et des systèmes agricoles, réduction des transferts de nitrates et de produits phytopharmaceutiques, mobilisation de dispositifs économiques et développement de filières favorables à la qualité de l’eau. Les stratégies foncières font également partie des leviers mobilisables.

 

L’exemple de la source de Moulin-Neuf, à Saint-Fraigne en Charente, illustre la complexité de ces situations. La présence de nitrates a conduit à mobiliser un forage profond de 519 mètres afin de mélanger les ressources ; cette eau, plus chaude et ferrugineuse, a nécessité des traitements complémentaires. Mais cet exemple impose aussi de bien distinguer eau brute et eau distribuée : en 2024, l’eau distribuée était déclarée conforme, tandis que les analyses de la source avant traitement faisaient apparaître des teneurs en pesticides totaux supérieures à la référence de 0,5 µg/L applicable à l’eau distribuée, mais restant inférieures à la limite de 5 µg/L applicable aux eaux brutes.

 

L’agriculture biologique est un des leviers de prévention
à l’échelle des territoires

La protection des captages repose sur une combinaison de leviers : réduction des intrants, couverture des sols, diversification des rotations, adaptation de la fertilisation, maintien de prairies, haies et zones tampons, évolution des filières et accompagnement économique des exploitations.

L’agriculture biologique constitue un levier cohérent dans les aires d’alimentation de captage : elle interdit les pesticides de synthèse et les engrais azotés minéraux de synthèse. L’ITAB estime que, dans les systèmes de grandes cultures, les pertes de nitrates sont en moyenne inférieures de 30 à 60 % à celles observées en agriculture conventionnelle. Cette contribution doit néanmoins être formulée sans simplification excessive : des pertes ponctuelles restent possibles, par exemple lors du retournement de luzernières, et l’usage de certaines substances autorisées, notamment le cuivre, demeure un point de vigilance.

Le traitement de l’eau reste indispensable lorsque la ressource est dégradée. Mais il ne restaure pas le captage. Pour les collectivités, la prévention doit donc être conçue comme une composante durable du service public de l’eau : connaissance fine des aires d’alimentation, animation de long terme, soutien à la transition des exploitations, structuration de filières adaptées et suivi partagé de la qualité de l’eau brute comme de l’eau distribuée.

À lire également : “Protéger dès maintenant la ressource en eau : les disposition à destination des collectivités”

 

Cet article vous est proposé par Nathalie Rousseau, coordinatrice d’Agrobio 40 et de notre commission régionale sur la ressource en eau.