Eau, santé, biodiversité : pourquoi la préservation de la ressource en eau commence dans les champs ?
Derrière chaque goutte d’eau distribuée au robinet se cache un défi pour les collectivités : garantir une ressource de qualité tout en maîtrisant les coûts de traitement et en préservant les milieux naturels environnants.
Face à l’augmentation des pollutions diffuses, aux effets du changement climatique et à l’érosion de la biodiversité, la gestion de l’eau ne peut plus être pensée uniquement au niveau des stations de traitement. Elle se joue aussi, et surtout, dans les champs.
Une ressource sous pression
La qualité de l’eau est aujourd’hui l’un des principaux enjeux environnementaux auxquels sont confrontés les territoires.
Selon le ministère de la Transition écologique, près de 14 300 captages d’eau potable ont été abandonnés en France entre 1980 et 2024. Parmi eux, environ 4 600 l’ont été en raison de dégradations de la qualité de l’eau, notamment liées aux nitrates et aux pesticides.
Pour les collectivités, les conséquences sont concrètes : recherche de nouvelles ressources, interconnexion des réseaux, investissements dans des traitements toujours plus performants ou abandon de captages historiques.
Le rapport publié en 2024 par l’IGAS, l’IGEDD et le CGAAER est sans appel : protéger durablement la ressource passe avant tout par des actions préventives permettant de limiter les pollutions à la source.
Part des rivières surveillées où l’Indice des pressions toxiques cumulées
des pesticides (IPTC) est supérieur à 1 sur la période 2020-2022 – En % :

Crédits : SDES 2025 – extrait du bilan environnemental
Prévenir plutôt que dépolluer, c’est aussi préserver son budget !
Pendant des décennies, la réponse aux problèmes de qualité de l’eau a principalement consisté à renforcer les traitements. Une stratégie aujourd’hui confrontée à des limites techniques, économiques et environnementales.
Pour de nombreux experts de l’eau, la question n’est plus seulement de savoir comment traiter une eau dégradée, mais comment éviter sa dégradation. Cette logique de prévention conduit de plus en plus de collectivités à agir directement sur les pratiques agricoles présentes sur leurs aires d’alimentation de captage. Parmi les leviers mobilisables, l’agriculture biologique occupe une place particulière. En interdisant l’usage des pesticides chimiques de synthèse et des engrais azotés de synthèse, elle agit directement sur deux des principaux facteurs de dégradation des eaux superficielles et souterraines. Les travaux compilés par l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB) montrent que ces pratiques permettent de limiter significativement les transferts de nitrates vers les nappes et les cours d’eau tout en favorisant la qualité biologique des sols. Pour les territoires, soutenir ces systèmes agricoles revient ainsi à investir dans une forme de protection préventive de la ressource, souvent moins coûteuse à long terme que la dépollution.
À lire également : « Le coût de la dépollution de l’eau pour les collectivités »
Quand la qualité de l’eau rejoint les enjeux de santé publique
La qualité de l’eau est intimement liée à celle de notre alimentation et, plus largement, à la santé publique.
Les pesticides sont aujourd’hui associés à plusieurs pathologies documentées par la littérature scientifique, notamment certains cancers, des maladies neurologiques, des troubles de la fertilité ou des perturbations endocriniennes. Les agriculteurs restent les premiers exposés, mais l’ensemble de la population peut également l’être par l’alimentation ou l’eau potable.
Pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, cette vigilance est d’autant plus importante que plusieurs études mettent en évidence des liens entre l’exposition aux pesticides pendant la grossesse et certains troubles du développement de l’enfant.
À découvrir : notre article consacré aux Ordonnances vertes : du bio sur prescription.
Ces constats conduisent de plus en plus de collectivités à intégrer la qualité de l’alimentation dans leurs politiques de santé publique, en soutenant des démarches de prévention qui bénéficient à la fois aux habitants, aux producteurs et à la ressource en eau.
À découvrir : notre article consacré aux Paiements pour services environnementaux (PSE).
Biodiversité : une alliée indispensable de la ressource en eau
Préserver l’eau, c’est aussi préserver les écosystèmes qui la régulent naturellement.
Haies, prairies, zones humides, sols vivants ou encore agroforesterie favorisent l’infiltration de l’eau, limitent l’érosion et renforcent la résilience des territoires face aux sécheresses comme aux épisodes de fortes pluies.
L’eau est également indispensable au maintien d’une biodiversité fonctionnelle, en particulier des insectes pollinisateurs. Ces derniers jouent un rôle essentiel dans notre alimentation : selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, près de 75 % des cultures vivrières mondiales dépendent de la pollinisation. Fruits, légumes, oléagineux ou encore légumineuses voient leur rendement et leur qualité directement influencés par la présence de ces auxiliaires indispensables.
En retour, des paysages agricoles diversifiés (riches en haies, prairies, bandes fleuries et zones humides) offrent aux pollinisateurs les ressources alimentaires et les habitats dont ils ont besoin pour accomplir leur cycle de vie. Préserver la ressource en eau revient donc également à préserver les conditions nécessaires au maintien de cette biodiversité essentielle à notre souveraineté alimentaire.
Une responsabilité collective
La préservation de l’eau ne relève plus uniquement des services d’eau potable ou du monde agricole. Elle mobilise désormais l’ensemble des acteurs du territoire : collectivités, élus, agriculteurs, gestionnaires de captages, aménageurs et citoyens.
Protection du foncier, obligations réelles environnementales, baux ruraux environnementaux, paiements pour services environnementaux, urbanisme, structuration de filières… les collectivités disposent aujourd’hui de nombreux leviers pour agir. (ajouter lien quand article ok)
Préserver la ressource en eau, c’est investir dans la santé publique, la biodiversité, l’attractivité du territoire et sa résilience face au changement climatique. Les articles qui suivent présentent plusieurs de ces outils et montrent comment les collectivités peuvent les mobiliser concrètement.
Aller plus loin :
https://www.anses.fr/fr/content/pesticides-dans-eau-du-robinet
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/eaux-superficielles-et-souterraines-en-france-etat-des-connaissances-en-2025
https://www.santepubliquefrance.fr/presse/exposition-aux-pesticides-de-la-population-francaise-resultats-de-letude-esteban
