Fédération Régionale d’Agriculture Biologique de Nouvelle-Aquitaine

Seignanx : quand les cantines deviennent le moteur des circuits alimentaires locaux

Entre Landes et Pays basque, le Seignanx construit depuis plusieurs années une organisation alimentaire locale reliant agriculteurs, outils de transformation et restauration collective. Une initiative territoriale qui change concrètement le contenu des assiettes et des filières.

 

Le territoire  

Situé au sud des Landes, à la frontière du Pays basque, le Seignanx regroupe plusieurs communes autour de Tarnos, Saint-Martin-de-Seignanx et Ondres. Un bassin de vie dynamique où agriculture, emploi et restauration collective se croisent quotidiennement.

 

Relocaliser l’alimentation, une idée devenue projet de territoire

Depuis 2016, le Comité de Bassin d’Emploi (CBE) du Seignanx pilote une démarche pour développer les circuits alimentaires locaux. L’objectif est de rapprocher production agricole et lieux de consommation, en particulier les cantines scolaires.

Face à une demande croissante en produits locaux et de qualité, le territoire a choisi une approche concrète. Celle d’organiser les achats alimentaires à l’échelle locale plutôt que dépendre uniquement de filières longues. Cette dynamique a été reconnue en 2022 par la labellisation en Projet Alimentaire Territorial (PAT) de niveau 2.

La particularité de cette démarche réside aussi dans son modèle de gouvernance hybride, associant collectivités locales et structures de l’économie sociale et solidaire. Le projet est piloté et animé par le CBE du Seignanx, une structure de l’ESS, qui coordonne l’action à l’échelle d’un bassin de vie dépassant les frontières administratives, entre le sud des Landes et le Pays basque.

L’enjeu est double, mieux rémunérer les producteurs tout en proposant une alimentation plus durable au plus grand nombre.

 

Une filière construite progressivement

Le fonctionnement repose sur une organisation circulaire reliant plusieurs outils complémentaires.

Les légumes produits par les agriculteurs locaux sont d’abord acheminés vers la légumerie coopérative Légume Pro, située à Lahonce. Sur place, ils sont lavés, épluchés et découpés afin d’être directement utilisables par les cuisines collectives.

Ces produits alimentent ensuite deux structures majeures du territoire : la cuisine centrale municipale de Tarnos dont la part de bio est de 60% et le restaurant solidaire Éole, société coopérative d’intérêt collectif créée en 2006 à l’initiative de la commune de Tarnos et du CBE du Seignanx.

Implantée au cœur de la zone industrielle, Éole joue un rôle central dans ce circuit. La structure prépare environ 5 000 repas par jour. Elle associe approvisionnement local et insertion professionnelle, en employant des salariés en parcours d’accompagnement vers l’emploi.

Avec la cuisine centrale de Tarnos, ce sont près de 7 000 repas quotidiens qui sont produits grâce à cette organisation locale, offrant aux cuisiniers des produits frais tout en garantissant des débouchés stables aux agriculteurs.

Aujourd’hui, Éole atteint 59 % de produits issus de l’agriculture biologique dans ses approvisionnements en 2025, ce qui témoigne de la progression des filières bio dans la restauration collective locale.

De son côté, la légumerie a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 869 367 €, dont 43 % issus de produits biologiques, notamment grâce à l’activité de 4ᵉ gamme bio et à la vente-distribution de produits bio. Son activité repose très largement sur la restauration collective, qui représente 92 % du chiffre d’affaires. Les autres débouchés restent plus limités, avec des ventes auprès de grossistes, de traiteurs et restaurateurs, ainsi que quelques prestations de transformation pour d’autres structures.

Ces éléments soulignent le rôle structurant des cantines et cuisines collectives, à la fois pour l’équilibre économique de la légumerie et pour le développement des circuits alimentaires locaux.

 

Un projet qui dépasse les frontières administratives

Cette dynamique repose sur des structures d’accompagnement. Le CPIE Seignanx & Adour (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) joue un rôle de relais local essentiel. Ces structures associatives ont pour mission d’accompagner les transitions écologiques et territoriales en s’appuyant sur la connaissance du terrain et des acteurs locaux.

À l’échelle départementale, des organisations de développement agricole comme Agrobio40 soutiennent également cette évolution en accompagnant les filières biologiques, en sensibilisant les producteurs aux débouchés de la restauration collective et en renforçant les approvisionnements locaux.

Cette dynamique s’inscrit également dans une coopération plus large avec le Pays basque. La Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB), via son propre Projet Alimentaire Territorial, affiche une volonté forte de développement de l’agriculture biologique sur son territoire. Cette orientation contribue à renforcer les filières locales et explique en partie la place importante du bio dans les approvisionnements.

Ainsi, le projet ne concerne pas uniquement le Seignanx mais s’inscrit dans une dynamique interterritoriale entre le sud des Landes et le Pays basque, deux espaces complémentaires qui coopèrent pour structurer des filières alimentaires locales.

Dans le Seignanx, les circuits courts ne relèvent plus de l’expérimentation, ils deviennent progressivement une nouvelle manière d’organiser l’alimentation à l’échelle d’un territoire.

 

Cet article vous est proposé par Auriane Coquin, Chargée de mission filières biologiques (40)