Lumière sur la filière chanvre mixte avec Christophe Courrègelongue, vice-président en charge de l’agriculture à Val de Garonne Agglomération (47)
Dans le Lot-et-Garonne, la filière chanvre connaît un nouvel essor. Soutenue par Val de Garonne Agglomération (VGA), elle illustre comment une stratégie agricole intégrée peut conjuguer bio, conventionnel et durabilité. Rencontre avec Christophe Courrègelongue, vice-président chargé de l’agriculture à VGA, pour comprendre comment cette filière s’est structurée et quels leviers les collectivités peuvent activer pour accompagner ces transitions mixtes.

Une dynamique territoriale autour du chanvre
Comment est née la dynamique autour de la filière chanvre sur le territoire de VGA ? Quel était le besoin identifié ?
L’aventure a commencé avec une sollicitation de la Région Nouvelle-Aquitaine, qui a été à l’initiative de la création d’un maillage régional autour de bassins de production de chanvre locaux. La Région a proposé une charte d’engagement sur les techniques de culture, avec des systèmes fonctionnant uniquement sur l’amendement organique, des rotations longues (six ans), une irrigation limitée et l’absence d’utilisation de produits phytosanitaires. Il y a aussi une logique de circuit court et l’idée que cette filière doit permettre aux agriculteurs une plus-value directe, en transformant eux-mêmes leurs produits : la graine pour les usages agroalimentaires, et la paille pour la filière matériaux.
En parallèle, l’agglomération a lancé en 2024 un projet autour de l’éco-construction et de l’éco-rénovation, pour favoriser l’emploi de matériaux biosourcés, dont le chanvre qui a toute sa place. VGA porte également un Projet Alimentaire Territorial (PAT) et un Plan territorial de gestion de l’eau (PTGE), qui promeuvent une agriculture durable.
La culture du chanvre s’est naturellement inscrite dans cette cohérence territoriale. Nous avons donc lancé une campagne d’information à destination des agriculteurs, sur les vertus du chanvre et les opportunités offertes par la relance d’une filière historiquement présente en Lot-et-Garonne.
Quels ont été les moyens mobilisés (humains, financiers, partenariaux) ?
Les moyens mobilisés ont d’abord été d’ingénierie, avec le travail des techniciennes de Val de Garonne :
- Une chargée de mission agriculture accompagne l’expérience culturale du groupe chanvrier sur deux ans.
- Une chargée de mission éco-construction a été recrutée pour développer la filière autour des matériaux biosourcés.
- Une chargée de mission PAT coordonne l’ensemble des actions liées à l’alimentation durable.
À cela s’ajoute l’équipe de direction de Val de Garonne, mobilisée sous la houlette du directeur délégué à la transition agroécologique.
Nous avons également noué des partenariats :
- Chanvre Nouvelle-Aquitaine, cheville ouvrière régionale du déploiement de la filière ;
- Agrobio 47, pour l’accompagnement technique, le suivi des cultures et la formation des chanvriers ;
- Agrotech, via l’Agropole, pour l’innovation alimentaire et la valorisation du chanvre dans l’industrie agroalimentaire.
Ce travail s’est traduit par un budget de 200 000 € TTC sur deux ans, couvrant l’ingénierie interne, les prestations externes et le soutien financier à la jeune association d’agriculteurs qui s’est lancée. Cinq hectares ont été plantés en 2025, avec un objectif de 20 hectares en 2026.
Aujourd’hui, quels sont les principaux débouchés pour les producteurs et transformateurs du département ?
Les principaux débouchés se situent dans l’éco-construction et l’éco-rénovation, avec l’emploi de la chènevotte et du béton de chanvre pour la production de matériaux isolants, thermiques et phoniques.
Côté agroalimentaire, la graine de chanvre, entière ou décortiquée, se consomme en salade ou transformée en huile et farine riches en protéines et en oméga 3 et 6, un atout pour les menus non carnés.
Le groupe chanvrier constitué n’exclut aucun débouché, tout en concentrant ses efforts sur le bâtiment, avec l’objectif d’investir dans une unité de défibrage de la paille d’ici 2027 ou 2028.

Les leviers à mobiliser pour encourager ces dynamiques mixtes
Quels sont les leviers dont disposent les élus pour encourager l’émergence de projets agricoles mixtes comme celui du chanvre ?
Il est essentiel de ne pas opposer les modèles agricoles bio et conventionnels. L’intérêt du chanvre, c’est précisément qu’il permet de rapprocher les modèles : c’est une plante couvrante qui limite les adventices, donc sans usage de désherbant. Elle favorise la biodiversité, est économe en eau et résiliente. C’est une porte d’entrée idéale pour des projets agricoles mixtes, en conjuguant diversification, durabilité et coopération entre acteurs aux pratiques différentes.
Comment l’aménagement du territoire et la commande publique peuvent-ils soutenir ces dynamiques ?
L’aménagement du territoire peut intégrer l’emploi de matériaux biosourcés dans les documents d’urbanisme.
Côté commande publique, le soutien passe par l’intégration du chanvre dans les cahiers des charges des constructions publiques, avec des bâtiments démonstrateurs répondant aux enjeux bioclimatiques.
En restauration scolaire, la commande publique peut aussi être un levier important, en favorisant l’introduction des protéines végétales issues du chanvre comme alternative aux menus carnés.
Perspectives et conseils pour les collectivités
Quelles sont aujourd’hui les perspectives de développement de la filière chanvre dans le Lot-et-Garonne ?
Les perspectives dépendent des moyens mobilisés pour la recherche et le développement, afin d’élargir les débouchés et de viser des produits certifiés.
Le développement passera aussi par des actions de sensibilisation destinées aux particuliers et aux professionnels, pour faire découvrir le chanvre à la fois comme produit alimentaire et matériau de construction.
Voyez-vous d’autres productions locales qui pourraient suivre le même modèle ?
Oui, certaines filières comme la paille, déjà utilisée en éco-construction, ou d’autres végétaux comme le seigle ou le lin, pourraient s’inscrire dans une démarche similaire.
Enfin, quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui souhaite structurer une filière territoriale autour d’un produit emblématique ?
Il faut mobiliser, sensibiliser et fédérer : faire travailler ensemble les agriculteurs, artisans, élus et acteurs techniques. Dédier une ingénierie interne est essentiel pour suivre les dossiers et garantir la cohérence des actions. Et surtout, penser en système : développer l’offre et la demande simultanément, pour créer un véritable cercle vertueux territorial.
Cet article est rédigé par Juliette Rouleau, conseillère territoire (47)